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La politique menée par l’Inserm de 2001 à 2007

Lundi 17 décembre 2007

La politique de l’Inserm pendant cette période a été fondée sur les principes de base suivants :

1) L’Inserm constitue la force et la solidité de la recherche biomédicale Française et bénéficie d’une forte reconnaissance internationale ; des réformes profondes apparaissaient cependant nécessaires, en particulier en ce qui concerne les profils de carrière, la reconnaissance et l’image du chercheur et des ingénieurs-techniciens et la place des médecins dans la recherche biomédicale.

2) La mission spécifique de l’Inserm est d’assurer un continuum entre une recherche «d’amont» pluri et interdisciplinaire (souvent qualifiée de recherche «fondamentale»), la clinique, la thérapeutique et la santé publique.

3) Les réformes ne pouvaient que s’inscrire résolument dans un contexte européen et international.

4) L’Inserm devait renforcer les partenariats «public-privé» et «privé-public» en professionnalisant les activités de transfert technologique et de valorisation et en mettant cette activité au service de la santé.

5) L’Inserm devait évoluer vers un rôle à la fois d’opérateur de la recherche biomédicale (soutenant des unités et centres de recherche, recrutant des chercheurs et ingénieurs-techniciens) et d’agence de programmation et de moyens (au travers de projets de recherche, tels que le programme Avenir, les contrats ESPRI, les projets de recherche clinique etc..)

Cette politique a été mise en place dans un contexte budgétaire difficile et dans le cadre d’une évolution considérable du panorama de la recherche française, avec la création de nombreuses structures nouvelles, certaines d’entre elles offrant des possibilités indiscutablement intéressantes, au prix cependant d’une complexité et d’une fragmentation souvent délétère. Par ailleurs,l’Inserm a été une force de réflexion et de proposition importante,  affirmant en particulier la nécessité de réformer le schéma organisationnel de la recherche biomédicale en regroupant l’Inserm et une partie du département des sciences de la vie du CNRS, redéfinissant les liens entre chercheurs statutaires et enseignants-chercheurs et proposant une alternative au recrutement de seuls fonctionnaires de la recherche.


Les mots-clés

Programme Avenir - Contrats d’interface - Modernisation des procédures d’évaluation des scientifiques et des projets - Ecole de l’Inserm - Centres de recherche  - Recherche clinique / Santé publique - Unités de recherche européennes et internationales  - Inserm-Transfert / Partenariats public-privé et privé-public - BiblioInserm - Groupes de réflexion avec les associations de malades


Dans ce contexte, les principales réformes ont concerné

 1)  Les « individus »

En redonnant aux chercheurs et ingénieurs-techniciens une «fierté», une image positive de leur statut avec une rémunération plus attractive et une carrière diversifiée, dans un contexte européen et international, en se centrant sur le développement de nouveaux profils de carrière et un renforcement de la qualité de l’évaluation scientifique : L’Inserm a placé comme une première priorité  la mise place d’une politique innovante de recrutement de ses chercheurs et ingénieurs-techniciens et de gestion de leurs profils de carrière. Il s’agit en effet, en l’intégrant dans l’espace européen de la recherche, de définir un équilibre entre deux écueils : recruter des chercheurs très tôt après leur thèse de sciences sur des postes de fonctionnaires ne permettra pas à nôtre  pays de s’adapter aux évolutions très rapides de la recherche; inversement, uniquement baser notre politique sur des contrats temporaires ne répond pas  à la nécessité de la prise de risque et du temps donné au chercheur pour mener à bien une recherche innovante. Il s’agit également de redonner aux médecins et pharmaciens, leur place dans l’effort de recherche biomédicale afin de favoriser cette véritable alchimie qui doit s’opérer dans un laboratoire de recherche entre des individus de formation et de culture bien différentes.L’Inserm a donc totalement modifié sa politique de recrutement, offrant à de jeunes chercheurs des contrats « juniors » de cinq ans avec des salaires élevés et pour une partie d’entre eux une « enveloppe globale » d’un million d’euros (incluant les salaires) : le programme « Avenir », ces contrats leur permettant dans un second temps d’être recruté, après avoir démontré leur valeur et leur capacité de mener à bien un projet de recherche, par l’Inserm mais également par d’autres organismes de recherche, par l’université, l’hôpital ainsi que par l’industrie. Une fois recruté par l’Inserm sur un poste de chargé ou de directeur de recherche, le chercheur peut bénéficier de la politique des contrats d’interface : contrats temporaires de trois à cinq ans offrant une rémunération complémentaire au salaire de base qui est inchangé, attribués sur la base du mérite et de projets de recherche  établis entre le chercheur ou ingénieur de recherche et les partenaires de l’Inserm que sont l’hôpital (pour la clinique), l’université (pour l’enseignement), les agences sanitaires (pour la santé publique), l’industrie (pour le transfert technologique et la valorisation économique), des institutions de recherche internationales (pour la mobilité européenne et internationale) ; enfin l’Inserm a également attribué des contrats d’interface « internes à l’Inserm » offerts par l’institut à ses meilleurs chercheurs et ingénieurs pour des activités de gestion de grandes structures de recherche, programmes de recherche et diffusion des connaissances à la société etc… Ces contrats d’interface, reconnus comme une « best practice » par la commission européenne qui pourrait y contribuer dans le cadre du processus du « co-funding », définissent un nouveau statut, le salaire total étant basé pour environ 2/3 sur une position permanente et 1/3 sur des contrats temporaires évalués de façon régulière. Cette politique équilibre les avantages d’une position permanente et d’une exigence de résultat ; elle a considérablement accru l’attractivité financière et la diversité des carrières et contribuera à la réalisation d’une véritable mobilité européenne des chercheurs ; elle a enfin fortement renforcé les partenariats institutionnels entre l’Inserm, l’hôpital et l’université. Son succès est attesté en particulier par l’augmentation considérable du nombre de chercheurs, français ou étrangers, travaillant à l’étranger, recrutés par l’Inserm au cours des dernières  années. Cette politique a été également appliquée au recrutement des ingénieurs et techniciens, associant contrat temporaire et position permanente et, au travers de primes de recherche, à la reconnaissance de leur mérite.

1.1  Les modalités de recrutement et les profils de carrière:

le Programme Avenir et les contrats Juniors de cinq ans, soutiens à l’émergence des jeunes chercheurs ;

les contrats d’interface, associant dans leur principe la prime au mérite, avec la reconnaissance de l’excellence du chercheur/ingénieur, et le soutien sur projet à des activités de transfert entre la recherche menée au laboratoire, le soin et la recherche clinique, l’enseignement, la santé publique, le transfert technologique et la valorisation ainsi que la mobilité  européenne et internationale;

 • la formation des médecins à la recherche et des chercheurs/ingénieurs à la médecine avec l’Ecole de l’Inserm et la possibilité pour les médecins de bénéficier d’un «temps recherche» avec  le renforcement des postes d’accueil pour  internes et chefs de cliniques et les contrats d’interface pour les médecins hospitaliers et hospitalo-universitaires ;


Cette politique s’est appuyée sur une meilleure gestion des carrières avec, en particulier, la Mission chercheurs ; elle a permis le recrutement de chercheurs de très haut niveau et le retour en France de chercheurs travaillant à l’étranger (de nationalité française et étrangère).


1.2 Une évolution profonde des instances scientifiques de l’Inserm avec, en particulier, un large appel à des experts extérieurs, français, européens et internationaux, une diminution de la proportion de membres élus et un renouvellement des modalités d’élections (scrutin nominal et non plus sur liste syndicale), une meilleure prise en compte des résultats de cette évaluation dans les moyens mis à disposition des équipes de recherche.

La qualité des procédures mises en place par l’Inserm pour l’évaluation de ces contrats est attestée par les taux élevés de succès de ces jeunes chercheurs dans des programmes européens comme le programme des « European Research Young Investigators » (EURYI) et de l’ « European Research Council » (ERC).


2) Les structures et la politique régionale


2.1 En regroupant les forces de la recherche biomédicale dans des centres de recherche (dont le nombre a cru de 2 en 2001 à 25 en 2007). En soutenant des unités et centres de recherche, donnant ainsi à la recherche menée dans ces structures le temps nécessaire à l’émergence de nouveaux concepts sur des périodes de quatre ans, renouvelables une fois (pour un mandat dont la durée maxima a ainsi été ramenée de 12 à 8 ans).

2.2 En plaçant l’équipe de recherche comme module de base d’une recherche moderne, les unités et les centres de recherche assurant la cohérence scientifique et stratégique de ces équipes.

2.3 En mettant à la disposition des chercheurs et des cliniciens un réseau d’infrastructures de recherche de haut niveau technologique, intégrées dans des réseaux européens ; en mettant en
cohérence la politique de l’Inserm avec les stratégies régionales, développées par les collectivités
territoriales, les universités , les hôpitaux et les centres de lutte contre le cancer.

Ainsi, l’Inserm a t-il pu parallèlement concentrer progressivement ses forces et jouer pleinement son rôle dans une politique d’aménagement élitiste du territoire, notamment au travers des Equipes de Recherche Soutenues, sur projet, par les Régions et l’Inserm (contrats ESPRI).


3) Le soutien aux différentes composantes de la recherche biomédicale,
en affirmant la mission de l’Inserm de soutenir à la fois une recherche fondamentale, inter et pluridisciplinaire, et le « continuum » entre cette recherche, la clinique, la thérapeutique et la santé publique :

3.1 En plaçant l’excellence de la recherche fondamentale au cœur du processus d’évaluation des individus et des structures ; en développant avec les différents partenaires concernés des programmes interdisciplinaires, notamment dans le champ de la biologie systémique et des nanotechnologies, en favorisant également la création « d’équipes projets » inter-organismes.

3.2 En recentrant l’Inserm sur sa mission de soutien à la recherche biomédicale : en plaçant comme première priorité la formation des médecins à la recherche et des chercheurs/ingénieurs à la médecine et la possibilité pour les médecins de disposer d’un véritable «temps recherche» (cf paragraphe 1) ; en se dotant, en partenariat avec les CHU et le Ministère de la Santé, d’un réseau
d’infrastructures de recherche clinique, intégrées dans des réseaux européens, avec les centres d’investigation clinique, les banques de tissus et d’ADN etc..; en réaffirmant et réorganisant l’activité de promotion d’études cliniques et d’essais thérapeutiques de l’Inserm, centrée sur des études et essais innovants et des essais multicentriques , et en diminuant les délais de prise en charge ; en soutenant sur projet la recherche translationnelle, menée au sein des unités de recherche et des centres d’investigation clinique ; en affirmant, dans les profils de carrières proposées aux chercheurs et médecins comme dans les critères d’évaluation des chercheurs et des unités de recherche, la place du transfert à la clinique des connaissances générées par la recherche fondamentale.

3.3 En affirmant le rôle de l’Inserm dans la recherche en Santé Publique : avec la création du Département de la Recherche en Santé Publique de l’Inserm, le recrutement de chercheurs/ingénieurs, le soutien à la constitution de cohortes de patients et aux études épidémiologiques, le renforcement du rôle des sciences humaines et sociales appliquées à la médecine et le développement des activités d’expertise de l’organisme ; l’Inserm a de plus joué un rôle majeur dans le renforcement de la cohérence des actions de recherche en santé publique en France, menées par les nombreuses institutions impliquées, avec la création de l’Institut de Recherche en Santé Publique.

3.4 En donnant une meilleure visibilité et cohérence des priorités données à la recherche sur des grands thèmes de santé publique : l’Inserm a soutenu sur la seule base de l’excellence scientifique les différentes spécialités biomédicales; parallèlement, l’Inserm a crée, en partenariat avec les institutions publiques concernées, les sociétés de spécialités médicales, les partenaires industriels et les associations de patients, les Programmes Nationaux de Recherche pour mieux répondre aux attentes de la société, concernant notamment les maladies cardiovasculaires, le diabète, les pathologies rhumatologiques et ostéo-articulaires etc.., développant une politique de réseaux et de soutien sur projet à ces différents domaines de recherche.


4) Une visibilité européenne et internationale accrue de l’Inserm grâce à une politique ambitieuseEn affirmant, avec la création d’un Département de Politique Européenne et Régionale, à la fois l’ouverture européenne de l’organisme et le lien entre politique régionale et européenne ; en améliorant de façon spectaculaire les financements obtenus par les chercheurs dans le cadre des programmes de la commission européenne, grâce à l’implication, avec le département de la politique régionale et européenne, de la filiale privée de l’Inserm : Inserm Transfert ; en obtenant d’excellents résultats dans le cadre du programme de soutien aux jeunes chercheurs EURYI, grâce à une sélection rigoureuse des candidats présentés, notamment sur la base du programme Avenir, et à une préparation spécifique des candidats(es). Ces bons résultats ont préparé l’organisme à l’enjeu majeur que représente la mise ne place en 2007 du Conseil Européen de la recherche (ERC) ; en contribuant, au travers de sa participation très active à différentes instances européennes de réflexion et proposition, à plusieurs actions et, en particulier, au développement de profils européens de carrière et d’infrastructures de recherche biomédicale ; en développant, en complément des programmes multilatéraux, de nombreuses actions bilatérales, tant au niveau international (avec le renforcement des activités du Département de Recherche internationale de l’Inserm) qu’européen, avec la création des unités Inserm internationales (au Canada, aux USA et au Japon) et européennes (en Allemagne et au Royaume Uni), ainsi que d’un réseau de laboratoires associés, avec de nombreux partenaires européens et internationaux.



5) Une réorganisation et une véritable «professionnalisation» des activités de transfert technologique et de valorisation économique de la recherche:

menée au sein de l’Inserm au service de la santé publique, en centrant ces activités sur la formation, la proximité des unités de recherche et le soutien aux phases précoces de l’innovation (la « preuve de concept »), le renforcement des partenariats public-privé et privé-public, l’engagement de l’Institut dans les pôles de compétitivité et la création d’entreprises innovantes.


 
Ces actions ont été menées avec la création et le développement de la filiale privée de l’Inserm : Inserm Transfert : Ainsi, l’Inserm a t-il transféré l’ensemble de ses activités de transfert technologique et de valorisation économique au sein de sa filiale en lui assignant les missions complémentaires suivantes : la gestion de l’ensemble de la propriété intellectuelle, élément clef de la stratégie de l’organisme, depuis l’acquisition de cette propriété jusqu’à sa valorisation au travers des activités de contrats et licences ; l’aide à la création de compagnies de biotechnologies (environ une cinquantaine depuis 10 ans ont été développées par l’Inserm puis Inserm- transfert), la gestion de projets européens et internationaux, le soutien à des projets de recherche clinique et de programmes de santé publique ; environ 70 personnes travaillent maintenant au sein de cette filiale qui doit permettre de remédier, par les accords passés avec les très (trop) nombreuses autres structures impliquées en France dans la valorisation, à la fragmentation extraordinaire du système français, qui obère toute tentative sérieuse d’évaluation de la rentabilité des activités de valorisation d’un organisme comme l’Inserm.




  6)   La participation de l’organisme à la diffusion des connaissances à la société   et à l’expertise :en apportant aux chercheurs l’information scientifique dont ils ont besoin, notamment avec l’outil BiblioInserm ; en affirmant le rôle de l’Institut dans l’archivage des connaissances et dans l’accès libre à ces connaissances («Open Access», base de dépôt HAL) ; en renforçant la diffusion au public et la compréhension des réalisations scientifiques de l’institut et les enjeux sociétaux de ces  recherches ; en promouvant auprès des jeunes l’importance de cette recherche  au travers des Réseaux Inserm Jeunes, en interagissant de façon plus efficace avec le monde politique, national, européen et international afin de faire valoir l’importance de la recherche biomédicale et la nécessité de l’intégrer dans leur priorités ; en « ouvrant » l’Inserm vers l’ensemble des associations de malades, de personnes handicapées et de leurs familles : en créant le  Groupe de Réflexion avec les Associations de Malades (GRAM), recoupant plus de 150 associations de toute taille ; en permettant la participation des associations aux différentes actions de l’Institut du niveau stratégique à l’informationdu malade, tant dans le cadre régional, national, qu’européen ; en favorisant  l’information, le dialogue et la participation à la recherche clinique des associations par des programmes de formation spécifique.



7)  Une gouvernance affirmée, permettant une prise de décision rapide et un meilleur fonctionnement administratif, en développant «sur le terrain»  un véritable dialogue de proximité entre la direction, les instances scientifiques et la communauté des chercheurs et ingénieurs-techniciens ; en réalisant rapidement la politique de déconcentration ; en dotant l’Institut d’outils de gestion moderne ; en diminuant les coûts administratifs de la recherche et en jouant un rôle  «moteur» dans l’expérimentation de mesures innovantes concernant la  gestion des carrières et des crédits.